Qui suis-je ?

Tuesday, May 16, 2006

Qui suis-je ?

La question est curieuse, car je ne sais pas la part qui constitue mon identité. En effet, j’ai des cellules que je peux commander, par exemple, lever le bras et d’autres cellules qui dépendent des autres, comme le fait d’être amoureux.
Je suis obligatoirement solidaire et dépendant d’une société dans laquelle je puise comme je peux mes besoins et mes ressources. Si je cultivais du coton, ensuite, il faut le récolter, le carder, le tisser, façonner le tissu et coudre pour faire le pantalon, par exemple, dont j’ai besoin. Le trajet est immense pour un élément et j’en utilise beaucoup d’autres. Je suis reconnaissant de la contribution de tous ces gens que je connais même pas. Il faut s’admettre dépendant et consommant.
Je suis confronté à moi-même, au groupe, aux institutions publiques et privées et la foule. Selon ces situations, mon comportement n’est pas le même. Il existe quatre comportements psychologiques différents.
Le premier groupe que l’on a connu est la famille, selon le rôle que l’on a tenu, on sera à l’aise, dominateur ou effacé. Les autres groupes ont des règles différentes. On peut être accepté et écouté, subir des pressions pour nous imposer une direction à prendre et des tâches à faire. On peut nous suggérer ou nous inculquer des valeurs. On est rejeté du groupe, si on ne correspond pas aux normes de celui-ci.
Ceci n’est qu’un résumé de la psychologie de groupe. Tout dépend encore des enjeux et les intensités sont variables. Dans le groupe, tous nos dires, faits et gestes sont observés et commentés. Le plus difficile est le non-dit et de répondre aux attentes des autres qui ne sont pas exprimées.
La psychologie de l’institution est rarement décrite. Elle a deux versants qui correspondent à celui qui est à l’intérieur et qui y travaille et celui qui est à l’extérieur et qui est confronté à elle.
Vu de l’intérieur, l’institution est un aquarium. Des poissons japonais se disputent dans l’océan, en aquarium, ils se tuent. Les tensions du bureau peuvent s’accumuler par le fait d’être confronté journellement à des gens que l’on n’a pas choisis. L’ambiance de travail devient pénible par les tâches à faire, les urgences à assumer, jusqu’aux locaux et matériels mis a notre disposition, les résultats que l’on attend de nous. On décrit des harcèlements de toutes sortes.
Il ne faut cependant pas dramatiser, car il existe des emplois sympathiques.
La psychologie de la foule est aussi rarement décrite. Nous sommes tous confrontés à la foule, dans la rue, à la plage, dans les spectacles, dans des manifestations diverses. La foule varie selon les pays, les époques, les circonstances. On est souvent un anonyme entourés d’anonymes, alors il nous semble ne pas être vu. La foule a ses émotions, ses vedettes et ses revendications et ses haines. La foule peut tuer sans jugement et impunément. Des casseurs peuvent détruire sur leur passage. Est-ce que dans une ambiance tendue, je ne me mettrai pas moi aussi à piller ? Ceci veut dire que j’ai des cellules que je ne maîtriserai pas et qui sont commandées par l’imitation des autres. En tant de guerre, quels que soient le pays et les combattants, on assiste à des horreurs et des abus.
Ces psychologies ont une hiérarchie. Prenons l’exemple du sport, tout seul je peux me motiver. Pour défendre une équipe, j’aurai davantage d’énergie que pour moi-même. D’une manière générale, on fait plus pour les autres que pour soi-même. Si je défendais la France en championnat, j’aurais davantage d’énergie et de responsabilités. Dans la foule, je peux être soutenu ou manipulé. Rejeté par elle, mes jours peuvent être en danger.

Revenons à l’individu et remontons à l’enfance.
L’enfant se trouve dans un bain d’informations internes, parentales et sociales. A partir de ces informations, il fera son programme à l’image du microprocesseur qui traite des informations selon certaines données en les acceptant, en s’opposant, en faisant à sa guise. En théorie, il est capable d’apprentissage, de s’adapter, de moduler son caractère en fonction des circonstances. En pratique certains programmes rigides s’enferment dans un entêtement jusqu’à gâcher sa vie et celle des autres.

FAITES LE BILAN DE VOTRE CULTURE

L’œil et l’oreille sont des capteurs d’informations à distance. Nous traitons les informations d’après notre tempérament et notre culture.


L’hérédité est une donnée importante de notre façon d’être, mais elle est pas accessible pour la moduler, par contre, elle peut être influencée dans certains cas pas le milieu dans lequel on vit. Le diabète a une composante héréditaire, mais notre alimentation peut l’induire.

L’apprentissage, l’entraînement ou la culture influence en grande partie nos comportements. C’est là où nous pouvons agir et apporter beaucoup à notre prochain.


Faites le bilan de votre culture ou de vos centres d’intérêts. Nous avons tous une culture maternelle et paternelle ou des équivalences dans la mesure où les parents ont été défaillants ou absents, une culture scolaire plus ou moins étendue, un intérêt plus ou moins développé pour le dessin, la musique, la lecture, le bricolage et les travaux de maison, les spectacles, les voyages… la liste n’est pas limitative.

Le bilan humain avec les relations humaines, les amis… et le bilan matériel compléteront l’univers de nos possibilités.

L’ensemble de tout ce que nous pouvons avoir relation constitue l’espace de vie. Il est petit chez l’enfant et grand chez l’homme éveillé. Le devoir de l’éducation est de nous ouvrir au maximum de choses.
Dans un espace petit, c’est la misère avec le peu d’intérêt prêté à ce qui nous entoure, une priorité aux informations internes et des intensités fortes et des règles affectives rigides et pas toujours justifiées.

LA LIBIDO

Ce désir à la fois performant, mais parfois aveugle qui dirige nos comportements, il pourrait s’appeler libido. Cette notion est suffisamment importante pour qu’elle mérite que l’on s’y attarde.
Il est difficile de donner une définition satisfaisante de la libido, parce qu’elle a plusieurs facettes.


La libido est à la fois envie et désir, ce qui plaît et ce qui convient, énergie et satisfaction, mais aussi ce que l’on rejette et dont on a horreur.

La libido serait cette pulsion de vie interne guidée par le désir, qui accompagne la vie de chacun. Elle évolue avec l’âge et le mental. Elle s’investit sur des supports spécifiques à chacun. Les six premières années de l’enfance sont déterminantes.
Ce trajet de la libido se fixe, lors de l’enfance par un traumatisme (d’après Freud). Une situation n’est alors plus perçue telle qu’elle est, mais est revécue comme une situation antérieure. C’est pourquoi les premiers événements de notre existence ont une si grande importance pour la vie ultérieure.
La notion de traumatisme est discutable. Il faut bien un début à tout et notre affectif va se référer à certains événements réels. Lorsque les intensités sont fortes, il sera difficile de s’en détacher.
Dès qu’on définit ce que l’on aime, on définit aussi ce que l’on rejette. Le drame de l’humanité est qu’on n’arrive pas à se mettre d’accord sur les goûts. Ils traduisent la spécificité de chacun, certes, mais parfois leurs rigidités imposent au partenaire des règles affectives injustes, difficiles à accepter et à supporter.
La libido suit un trajet et dirige en partie notre vie. Elle provoque une excitation endogène qui s’exprime sous forme de tensions qui dirigent nos comportements.
La colère, la tristesse, l’angoisse et les autres sentiments sont subordonnés au désir. La libido serait notre capteur affectif qui nous fait réagir à des situations diverses, mais d’une manière spécifique à chacun, orienté par ce que l’on aime et ce que l’on rejette.
L’enfant enregistrerait les événements comme un magnétoscope, mais d’une manière préférentielle selon sa libido.
Ce qui n’est pas libido serait tout ce qui est obligations ou contraintes qui n’offrent aucun plaisir, mais qui traduisent des nécessités à accomplir.
La libido exprimerait alors notre rythme et notre expression personnelle en dehors de toutes les influences extérieures. Nous ne savons pas toujours comment nous allons réagir. A travers les épreuves de notre vie, nous réalisons ce qui nous plaît ou non, mais la libido contient encore une partie inconnue et mystérieuse toujours à découvrir.
Tout peut être sexualisé, la douleur, la violence, les objets, les comportements, la destruction… La libido serait alors l’investissement qu’on met à sa passion.

EVEIL ET LIBIDO

Avant d’arriver au cerveau, l’information suit un trajet. Les organes des sens sont des capteurs au même titre qu’un microphone recueille les sons. L’éveil permet de porter attention. Les organes des sens se placent en meilleure position pour recevoir le plus d’informations, c’est ainsi qu’on tend l’oreille pour mieux écouter. Inversement, on peut avoir le regard plongé dans un livre et penser à autre chose. L’éveil est nécessaire à la connaissance.
La libido va compléter celui-ci en lui apportant l’intérêt et la motivation. Elle va permettre de chercher l’information et de l’entretenir. Pour apprendre, il faut ruminer, c’est-à-dire répéter.
Au cours de notre évolution, on devrait, sans cesse, accroître son champ d’application, apprendre et s’intéresser au plus de choses possibles. Verticalement, on pourra approfondir notre passion, horizontalement en élargissant le champ de notre intérêt. Cette ouverture d’esprit se fait en réduisant ce que l’on rejette, à condition d’en baisser les intensités. Il ne faut pas non plus tout accepter. Les valeurs de respect, d’esthétique, d’éthique, de culture et d’autres considérations doivent guider notre choix.
En réalité, lorsque l’école est finie, si on gagne sa vie et en vivant à deux, en général, on ne veut plus introduire des éléments nouveaux dans nos valeurs sous prétexte de faire uniquement ce qu’on a envie. Beaucoup de gens ne le feront que s’ils sont réellement obligés. Lorsqu’ils sont ennuyés, ils préfèrent chercher le truc qui les soulage, plutôt que d’y voir une conséquence de leur comportement et de vouloir modifier leurs références.

EVOLUTION DE LA LIBIDO

Le trajet de la libido est bien établi pour Freud, il passe par plusieurs stades dans un ordre chronologique. Certains seront caractéristiques, plus tard, d’une personnalité.

Le stade oral :

La bouche du bébé est à la fois, organe de nutrition et aussi organe de satisfaction lorsque le bébé porte son pouce, ou tout ce qu'il trouve, à la bouche.
A cette période correspond un état mental. Il vit dans un univers maternel, ses soins sont surtout alimentaires et de toilettes. Tout ce qu'il voit lui appartient, il ne fait pas la différence entre ce qui est à lui et ce qui ne l'est pas. Tout est ramené à sa propre satisfaction. Son univers est égocentrique, il en est acteur, et les éléments, qui l’entourent, sont sous sa dépendance. Il pleure à la moindre frustration qu'il tolère mal. Il ne conçoit pas que l'environnement puisse avoir, lui aussi, son autonomie et son indépendance.

Le stade anal :

Il apparaît après la marche. L'enfant peut contrôler ses sphincters. Il peut garder en rétention ses excréments ou au contraire, essayer de s'en débarrasser. Cela n'est pas perçu comme un acte isolé et indépendant de l'environnement.
S'il veut, ou ne veut pas, aller au pot, c'est pour faire plaisir ou s'opposer à ses parents. Si bien que l'enfant ne fait pas bien la différence entre ses matières et son corps, et elles restent une monnaie d'échange avec l'entourage.
Il existe un état d'esprit de ce stade. L'aspect cyclique des besoins rend compte des notions d'horaire et de ponctualité. Les notions d'échange sont mises en évidence avec l'économie, le refus de donner, l'entêtement, ou à l'inverse la prodigalité. On donne pour obtenir, parfois on veut économiser, on donne et on regrette d'avoir donné. Les notions de propreté aussi bien physique que morale, comme l’honnêteté, sont liées à ce stade, on peut salir pour agresser l'autre.

Le stade phallique :

C'est le stade où l'enfant s'aperçoit de la différence des sexes. Il peut différencier un coq d'une poule, par exemple. Ce stade est important parce qu'il passe à un univers sexué.
Le sexe masculin est le symbole de puissance. Dès que cette notion est établie, il se crée en même temps la notion de castration, c'est-à-dire la notion de perdre sa puissance, puisqu’elle n'est pas absolue, mais relative. La castration au sens physiologique est l'ablation des glandes sexuelles qui réalise un eunuque. Sur le plan populaire, c'est couper le sexe masculin. Cette idée se retrouve en psychologie, mais on retient surtout le principe. Chaque fois qu'on prive quelqu'un de quelque chose, il s'agira de castration.
Ainsi lorsqu'on est volé, enfermé, humilié, que l’on perd ses droits, privé de son nom ou de son identité, on est castré. On peut l'être physiquement, lorsque, par maladie ou accident, on perd l'usage d'un membre, d'un œil ou d'un organe.
Ce sentiment est pénible pour tout le monde. La perte de ses biens, de ses droits, ou d'un être cher, nous éprouve. La castration peut revêtir diverses intensités, lorsqu'elle est très forte, elle va jusqu'à la privation de la vie. C'est alors pour le sujet une question de vie ou de mort.
La mort physique ne dépasse pas la mort réelle, mais la mort affective va plus loin puisque certaines personnes acceptent de mourir pour défendre une cause si importante que leur vie compte peu ou, dans d’autres cas, la mort serait plus douce que la vie lorsque les souffrances sont trop pénibles à supporter.
La notion de prestige est l’inverse de la notion de castration. Notre société en fait une valeur commerciale essentielle. Il suffit qu’une marque soit réputée pour qu’elle prenne de la valeur. Les médias nous proposent des modèles sociaux. Les “fans” admirent les vedettes. Pourtant quelque chose est juste quel que soit l’individu qui le dit et quelqu’un de prestigieux peut faire des bêtises. Notre société est hiérarchique, l’information l’est aussi puisque, par exemple, un même sujet n’est pas traité de la même façon pour le médecin et l’infirmière, le cadre et l’employé.

Le complexe d’œdipe

A partir d’un an et demi à deux ans, il va reconnaître le père, en tant que personnage distinct de sa mère, mais aussi le père en tant que culture paternelle différente de celle de la mère. Si la mère le gronde pour une certaine action, le père ne le ferait pas pour la même action, ou le gronderait d'une manière différente.
L'enfant vient au monde avec un esprit neuf. Il y a d'abord des échanges maternels qui lui donnent une certaine culture, et avec ces éléments, il va aborder les échanges paternels. La culture paternelle intervient en deuxième position, après l’imprégnation maternelle. Ceci est important, lorsque la mère critique le père. L’enfant aura une image préconçue du père sans avoir le souci de la vérifier.
La légende d'Œdipe a retenu l'attention des psychologues et de Freud, en particulier, parce que ce phénomène peut se produire chez l'enfant.
En effet, c'est le cas de l'enfant qui n'accepte pas, ou très mal, son père, et qui reste dans son univers maternel. Soit parce que cet univers maternel est trop fort en intensité et l'empêche d'appréhender l'univers paternel, soit que l'univers paternel demeure difficilement accessible à l'enfant. Par exemple, dans le cas où le père autoritaire aurait très peu d'échanges avec son fils, le repousserait ou l'humilierait.
Le complexe d'Œdipe se situe lorsque l'enfant, vivant dans l'univers maternel c'est-à-dire à deux personnages (mère-enfant) et à deux dimensions, va passer à un univers à trois personnages (mère-enfant-père) et à trois dimensions. Ce passage n'est pas forcément tragique.
Dans le cas d'Œdipe, le troisième qui est très mal supporté, il est un intrus qui perturbe l’univers à deux. On peut avoir la combinaison inverse, le père bien accepté et la mère rejetée, parce que l'univers paternel est perçu comme meilleur.
L'univers maternel et paternel pourrait très bien s'accorder avec des points communs et des points complémentaires. Dans ce cas, l'enfant a des échanges positifs aussi bien avec sa mère qu'avec son père. Quand la famille constitue un groupe cohérent et que les parents s'entendent, l'enfant peut s’entendre avec chacun des parents. Ce cas est rare et plus théorique que pratique.
L'Œdipe n'est pas qu'un événement historique dans la vie de l'enfant. Le complexe d'Œdipe est réveillé chaque fois que l'enfant ou l'adulte se trouve dans une situation à trois, exemple, dans le cas de la jalousie. Il faut trois personnes pour être jaloux, le couple et la troisième personne qui est mal acceptée, qui a un certain pouvoir et qui menace la vie du couple, mais qui est aussi convoitée par moment.
La sexualité est une relation à deux, dès qu’il existe la présence d’un troisième, il y a évaluation, comparaison et jugement.

Le stade génital :

Il est souvent assimilé au précédent, mais il met en relief l’autonomie du “Je ” qui évalue ses possibilités, qui s’occupe de la gestion de son patrimoine, et qui prend la responsabilité des décisions à prendre. C’est le stade où l’individu devient autonome. Alors que les stades précédents sont réflexes, le stade génital donnerait le choix entre plusieurs possibilités. L’essentiel étant de choisir au mieux. Il faudra évaluer les conséquences avant de s’engager, drainer le maximum d’informations, faire le tour du marché pour trouver les meilleurs prix ou les meilleures solutions. et ne s’investir que si on dispose de fortes chances de réussite. Ces réflexions nous éloignent du comportement impulsif.

Les parents servent de modèle à l’enfant. En cas de mésentente dans le couple ou de divorce, il serait toxique que l’un des parents dévalorise l’autre aux yeux de l’enfant ou l’accuse de tous les maux. L’image des parents va construire, plus tard, les références de l’enfant. Comment sera-t-il père lui-même, s’il en a une image dégradante ? Il faut savoir qu’on ne peut pas renier ses parents et que les parents sont toujours de bons parents au même titre que Dieu est toujours bon. Il ne faut pas confondre l’identité qu’on ne peut effacer et la culture qui est toujours variable. C’est à nous qu’il importe d’améliorer la culture que nos parents nous ont apportée.

LIBIDO ET REALITE

Faire ce qu’on a envie, ce qu’on veut, bannir les soucis et les ennuis, tels sont les désirs de l’enfant et de ceux qui ont réussi socialement. Encore faudrait-il définir ses souhaits. Certains réagissent fortement ou même violemment lorsqu’on les écarte des règles de leur libido. La réalité nous met toujours à l’épreuve dans des circonstances variées et parfois imprévisibles. Un entourage protecteur ou complaisant essaie d’adapter la réalité en prenant en charge certaines difficultés, en évitant certaines situations, en créant des circonstances favorables pour ne pas froisser les règles de la libido du sujet. Cette mise en scène artificielle par les autres agrémente la réalité. Si elle n’est plus assumée, dure sera la chute. Le sujet peut surmonter ses difficultés et s’adapter au prix de gros efforts, si besoin ou au contraire, régresser jusqu’à se laisser mourir ou se suicider.
Les autres qui aménagent notre univers en fonction de notre libido sont la famille ou le conjoint ou les institutions sociales.
Dans toute confrontation matérielle ou humaine, la meilleure réponse est d’agir en connaissance de cause et le meilleur chemin est la technique qui donne le plus d’efficacité.
Appelons “noyau névrotique” les règles affectives rigides et sévères de la libido caractéristiques de certains sujets qui les font réagir vivement. On remarque que dans des situations éloignées de ce noyau, le sujet est charmant, efficace et correct. Lorsque ce noyau se déclenche, le sujet déforme délibérément la réalité en lui ajoutant des éléments, des convictions et des interprétations erronées ou en lui soustrayant l’évidence des arguments concrets et vérifiables.
Certains n’agissent pas, mais réagissent en fonction de leurs revendications et ne pourraient rien faire sans s’appuyer sur leur noyau névrotique. C’est pourquoi, il se maintient, même s’il est irrationnel. On est prêt à s’investir dans des croyances mystiques ou ésotériques pour se justifier.

LE MECANISME DES NEVROSES

Pour Freud, le trajet de la libido, à la suite d’un traumatisme va se fixer à un certain stade. L’enfant et plus tard l’adulte ne va pas voir la réalité comme une vérité vérifiable, mais va traiter les informations en référence à son enfance. Ainsi vont se créer des déformations, des illusions et des choix en fonction de ces références du passé.
Tout se passe comme si dans l’enfance s’établit un programme avec des valeurs, des choix et des façons de réagir. Ce programme va le guider toute une vie, à l’image des saumons qui sont programmés à remonter les fleuves quels que soient les obstacles sur leur passage.
Pourtant la meilleure solution pour faire face à une difficulté serait d’agir en connaissance de cause et en mettant en jeu la meilleure technique pour avoir un résultat satisfaisant. Notre passé et nos relations parentales ne devraient jamais interférer sur notre comportement parce qu’elles ne sont pas concernées par notre problème. Sous forme de commentaires d’appréciation, on remarque que les sujets mêlent souvent un affectif qui n’est pas adapté à ce qu’ils font, mais qui est le reflet de leur personnalité.


SAVOIR UTILISER SON AFFECTIF

Tous les sentiments habitent l’enfant dès la naissance, ils sont innés, ils relèvent des lois de la vie. La façon de s’en servir dépend de l’éducation. L’idéal serait de réagir juste et de manière efficace devant des situations bien réelles.
La libido est obligée de se fixer puisqu’on a tous une bibliothèque de souvenirs qui sont des exemples de notre façon de réagir. Cette fixation ne devrait pas être irréversible. Peut-on faire évoluer cette libido lorsqu’elle est source de désordre ? Il faudrait élargir son champ, c’est-à-dire apprendre à aimer et à développer de nouveaux secteurs de notre activité. C’est ce que fait l’entreprise ou le boursier en se diversifiant. Notre corps peut tout apprendre, si on lui fournit les informations voulues et s’il les rumine pour les assimiler, mais il ne faut pas que l’esprit en fixe des limites, s’oppose ou ne participe pas de bon cœur.

LIBIDO ET SAGESSE

La notion de sagesse est associée à celle de paix intérieure et de pureté. Classiquement, le sage est sobre. Il n'est pas dépendant de ses pulsions ou de ses tentations. Ces valeurs terre-à-terre n'égalent pas celles de l'esprit qui médite, réfléchit, prie. C'est là que se trouve la vraie signification de la vie.
Quant à la souffrance et à la douleur qui rendent fragiles les êtres, le sage peut les affronter parce que pour lui rien n'est important et qu'il n'est pas conditionné à tout ce qui est matériel.
Ces notions classiques sont basées sur des disciplines qui prennent souvent l’aspect de sacrifices : il faut s'amputer du terrestre pour avoir droit au céleste.
Une autre conception serait celle de la gestion de l'affectif qui induit les comportements. Si votre affectif s’investit sur la cigarette, vous fumerez à vie ; s'il l'est sur la musique, vous serez musicien. Son extraordinaire pouvoir fait que l'affectif nous autorise à certains comportements et nous en interdit d'autres. Il agit comme le fait la loi, qui nous pousse ou nous sanctionne. Il constitue notre vérité et nos croyances.
Si, dès qu'une loi sociale est promulguée, on cherche à la contourner pour s'en affranchir, pourquoi ne pas désobéir à son affectif lorsqu'on le juge inutile ou démesuré ? On ne fait pas toujours ce qu'on a envie et il faut faire, même ce qui ne plaît pas.
Pourquoi ne pas abandonner un domaine qui nous tient à cœur, mais qu'on juge inutile ou toxique et s'investir dans ce qui nous semble être notre chemin? Cette définition de la sagesse n’est pas évidente à réaliser, car ce ne sont pas des mots qu'il faut exprimer, c'est toute une programmation différente de notre comportement qui est nécessaire, avec un état d'esprit nouveau. Notre volonté y veillera.
Dans ce cas, le sage choisit, mais ne se sacrifie pas puisqu'il consomme en fonction de ses idées. Il est plus facile de jeûner que de corriger un comportement alimentaire néfaste. Le sage doit corriger ses comportements plutôt que de les condamner.
La notion de sacrifice fait partie du "tout ou rien", alors que choisir implique un comportement plus nuancé. Les choix sont personnels et non imposés de l'extérieur. Si un individu pouvait dessiner ce que serait son avenir, son affectif lui permettrait de vivre sa vie et non celle que lui imposent ses pulsions.
La logique, le raisonnement, la mesure, la vérification des résultats sont autant d’éléments basés sur l’observation (l’œil) alors que la pulsion s’appuie sur ce que l’on ressent et ce que l’on se dit (l’oreille), le contrôle de soi et la mise en application (la main) appuieront les résultats.

REFLEXIONS

S’il est vrai qu’on puisse établir de nombreuses corrélations entre le comportement d’un individu et son enfance, celui-ci ne pourrait-il pas échapper à ces valeurs et à son destin ?
En effet, notre vie se déroule comme un programme qui s’est construit dans l’enfance. Le modifier serait l’équivalent de modifier la structure du noyau de l’atome ou de la cellule. Le nucléaire ou la génétique sont des sciences d’accès difficiles, mais qui bouleverseraient le monde de demain. L’humanité n’a pas attendu la psychanalyse pour modifier le comportement humain, les religions, la politique, l’économie, l’enseignement et même toutes les disciplines qui nous entourent dépendent du désir des humains.
Si “faire droit” apporte l’approbation de tous parce qu’on fait référence à des appareils de mesure fiables, “faire bien” dépend de valeurs affectives propres à chacun. Cependant ce qui est bien pour un n’est pas forcément bien pour un autre. Tel est le drame de l’humanité qui n’a jamais trouvé son harmonie, ni l’accord sur les valeurs affectives.
Tout individu est capable d’apprentissage à condition de coopérer, d’accepter l’information nouvelle, de faire un travail d’assimilation pour mûrir les nouvelles conceptions et les adapter à sa personnalité. Il serait, par conséquent et en théorie, capable de modifier son comportement par entraînement pour le rendre plus adapté.
Un animal peut aussi apprendre. C’est le travail du dompteur ou du dresseur. Il le fait en utilisant le plaisir et la récompense ou la sanction et la punition. Ainsi on peut apprendre à un chat à appuyer sur une pédale, s’il reçoit un morceau de viande. Au début, il le fait par hasard, ensuite cette action est renforcée par sa récompense. Si on électrifie un des deux compartiments de la cage d’un rat, celui-ci saute dans le compartiment non électrifié pour échapper à cette nuisance. Si on associe électrification du compartiment à un bruit, au bout d’un certain temps, le rat saute au bruit, même si on n’a pas utilisé l’électrification. Tels sont les principes du conditionnement.
Pour les humains, l’argent, les honneurs, les récompenses, des intérêts divers ou l’amour sont des facteurs de stimulation pour induire ou modifier un comportement comme à l’inverse la sanction, la menace, la crainte ou la situation de catastrophe, de danger ou de besoin. En dehors de ces situations, l’individu peut réagir à ses croyances et ses convictions. Si celles-ci sont trop fortes et la coopération réticente, il sera difficile de moduler le jugement et le comportement de l’autre, surtout s’il refuse de reconnaître ses troubles et de les analyser.
Les valeurs affectives deviennent des lois qui s’imposent aux partenaires et aux autres. Si elles sont justes ou simplement logiques, elles seraient acceptables, mais lorsqu’il s’agit d’un postulat sans dialogue, elles deviennent arbitraires et font souffrir ceux qui les subissent.
Le corps est capable de tout faire, s’il reçoit les informations voulues et si on respecte les règles d’apprentissage ou d’entraînement. L’esprit le condamne ou le prive de ces données en jugeant la tâche trop difficile, inintéressante ou en se dévalorisant. L’idéal serait d’agir en connaissance de cause avec technique et compétence. A aucun moment, notre culture, notre passé ou nos convictions ne devraient s’interposer dans ce qu’il faudrait faire. On remarque qu’un commentaire accompagne souvent ce que l’on fait. Il est caractéristique des gens qui râlent. En fait la bouche maudit ce que la main fait. Si ce commentaire est trop intense, il fait écran, le sujet abandonne la tâche et se sent incapable d’entreprendre. L’esprit porte un jugement en définissant nos goûts et en mésestimant les capacités et les ressources du corps. Il filtre les informations qui passeront par le corps. Quelquefois, il ne s’agira que d’un simple tri, mais parfois d’une déformation de l’information qui va de l’illusion à l’hallucination en passant par l’interprétation. Ainsi des personnes peuvent être compétentes et efficaces dans certains domaines, par contre, dans d’autres déformer complètement la réalité. Elles peuvent réagir pour rien ou en disproportion avec les faits ou créer de toutes pièces une situation qui n’existe pas comme le jaloux qui introduit inopinément une situation de conflit. L’espace où le sujet déforme la réalité constitue le noyau névrotique. Le sujet se comporte comme une loupe avec une partie centrale qui correspond aux informations les plus courantes qui sont traitées à peu près correctement et une partie périphérique plus intime qui est déformée. Ceci n’est qu’une image, mais on peut constater lorsqu’une information est traitée par le noyau névrotique, le sujet s’éloigne de la raison jusqu’à perdre ses intérêts, se fâcher avec ses amis et s’isoler dans ses convictions. Ce noyau névrotique est en relation avec les événements ou les préjudices vécus dans son enfance. Le plus difficile sera de se faire entendre lorsqu’une personne a des convictions erronées ou exagérées. En fait, pour justifier ces prises de positions fermes, il faut admettre qu’il s’agit d’une construction de vie avec dans un premier temps l’établissement d’un programme de vie avec choix des valeurs affectives personnelles, ensuite un mode de vie en fonction de ces valeurs avec une résistance aux influences extérieures. Dans ces conditions, il n’est pas facile de modifier les opinions de quelqu’un.
La société a prévu des limites aux débordements d’un individu lorsqu’il porte atteinte à lui-même ou aux autres. Il est alors confronté à la justice ou à la psychiatrie. L’équilibre est d’abord personnel, puis familial, social et mondial. Il n’a jamais été atteint.
Il existe souvent un décalage entre ce qu’on est et ce qu’on devrait être. La famille ne nous prépare pas forcément à l’école, l’école à l’université, l’université au métier, le métier au social… Il faudra sans cesse s’adapter au savoir, aux techniques qui évoluent et aux autres.

NOTRE VIE EST LE REFLET DE NOTRE LIBIDO

Notre vie est orientée par ce qu’on aime ou ce que l’on rejette. Si on admet que ce qui existe a le droit d’exister et qu’on ait le goût d’apprendre à s’en servir à bon escient, nous passerons toute notre vie à apprendre. Si on considère l’autre différent de soi et qu’on cherche à communiquer avec lui, nous réfléchirons toujours pour le comprendre. Si notre libido est évolutive, nous progresserons toujours.
Si notre libido est ancrée sur des objectifs fixes, exagérés ou irrationnels, nous allons tourner en rond toute une vie et impliquer à notre entourage des règles arbitraires. Le phobique s’interdit certains espaces, l’obsessionnel s’impose des rituels, le jaloux s’oblige à surveiller son partenaire et bien d’autres comportements se justifient pour apporter une tranquillité personnelle au sujet alors qu’ils provoquent l’inverse. Ils sont à la fois une mutilation de possibilités et un gaspillage d’énergie dont on pourrait faire un meilleur usage.
On prend réellement conscience de ces troubles dans la vie à deux. Ils ne sont pas mis en évidence dans des contacts superficiels.
On pourrait s’améliorer, si les intensités étaient moins fortes, si la coopération était plus grande avec l’écoute d’un dialogue favorable.
Si on apprend à aimer et à être tolérant, choisir ou préférer au lieu de rejeter fortement, veiller à élargir notre champ de connaissances, alors notre libido nous fera toujours évoluer au lieu de nous emprisonner.
Beaucoup cherchent à nourrir leurs désirs et à se soulager de leurs plaintes. La société et la publicité s’y emploient aussi. Fait-on la relation de cause à effet ? Soulager est un devoir de tous, mais les résultats sont parfois de courte durée, si on ne modifie pas le programme de notre libido. La tâche est difficile et demande une grande motivation et détermination, mais elle permet un changement de destin et l’espoir.

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